Les femmes méritent de bons emplois comportant des salaires suffisants pour vivre et des conditions de travail équitables. Elles méritent des possibilités d’apprentissage et d’avancement. Elles méritent une aide appropriée à la conciliation du travail, des obligations familiales et de la vie privée. Pourtant, un trop grand nombre de femmes se heurtent à des obstacles à l’égalité en milieu de travail.

Le travail juste assure la justice économique aux femmes

Il est profitable à notre économie que les femmes participent à la main-d’œuvre sur un pied d’égalité avec les hommes. Or, un trop grand nombre de femmes ont des emplois à temps partiel et précaires ou travaillent dans des secteurs qui n’offrent que de bas salaires, de mauvaises conditions de travail et peu de possibilités d’avancement.

On entend souvent dire que les femmes doivent « s’imposer » ou qu’il est possible d’atteindre l’égalité des sexes en accroissant le nombre des femmes exerçant des professions de direction ou de STGM. Si nous n’examinons pas les obstacles structuraux à l’équité au travail, les victoires que certaines femmes remportent ne bénéficieront pas aux femmes de toutes les catégories d’emploi et de tous les secteurs. Nous devons changer de façon de penser.

Le statu quo défavorise les femmes

Il est clair que les femmes sont défavorisées dans le monde du travail. La situation est encore pire dans le cas des femmes ayant un handicap, des femmes autochtones, des immigrantes, des femmes noires et racialisées et des mères célibataires, qui sont souvent surreprésentées dans les emplois à bas salaire et précaires ou exclues carrément du marché du travail.

Les femmes continuent d’accomplir la majeure partie du travail ménager non rémunéré, y compris les soins des enfants et des parents malades ou vieillissants. C’est ce qu’on appelle « le deuxième quart » et cela peut influencer leur choix d’emploi ou restreindre leurs possibilités d’avancement. La dépendance de notre société à l’égard du travail non rémunéré des femmes contribue à la pauvreté des femmes, nuit à leur santé mentale et physique, réduit leurs gains à vie et accroît le stress familial.

Les stéréotypes au sujet des femmes et des mères influencent les décisions d’embauche et les possibilités d’avancement. La « pénalité de la maternité » est bien réelle.

Le monde du travail change. L’automatisation et d’autres progrès technologiques auront de graves effets sur les emplois des femmes. Le vieillissement rapide de la population est tel que la demande de soins augmente. À défaut d’un investissement considérable dans nos services publics de soins déjà à court de fonds, les femmes seront appelées à combler les lacunes.

#EtreUneFemmeAuTravail

Nous avons demandé aux femmes de nous raconter les défis qu’elles doivent relever parce qu’elles sont des femmes au travail. Voici un échantillon de ce que nous avons entendu :

Karen, 49 ans : « En tant que membre d’un syndicat de la construction, j’ai été très chanceuse d’avoir un travail stable pendant la majeure partie de ma carrière. Cela étant dit, les femmes sont encore les premières mises à pied et sont encore mal vues si elles prennent des congés pour s’occuper d’enfants ou de parents âgés. Il s’ensuit que même si nous avons le même taux de rémunération horaire que les hommes accomplissant le même travail, il est rare que nous arrivions à gagner autant qu’eux. »

Kathleen, 27 ans : « J’ai perdu un travail que j’accomplissais extrêmement bien tandis que mes subalternes m’appréciaient parce que j’ai demandé d’employer mes congés de maladie pour prendre soin de mes enfants malades. Mon patron m’a fait savoir qu’il ne croyait pas qu’une personne ayant des responsabilités familiales pouvait accomplir le même travail qu’un gars sans attaches. J’ai été congédiée quelques jours avant Noël et on m’a dit tout simplement ‘Nous ne pouvons plus travailler ensemble’. Ça a été comme une gifle après des mois à travailler plus de 70 heures par semaine contre le salaire de 40. »    

Jennifer, 38 ans : « J’ai 3 enfants de 10, 18 et 18 ans. J’ai quitté le marché du travail quand mes enfants ont grandi afin de pouvoir reprendre mes études et améliorer notre vie à tous… Mes deux enfants les plus vieux sont des jumeaux. Ils ont un retard global du développement et sont épileptiques et ils ont besoin de supervision tous les jours, 24 heures sur 24… J’ai terminé mes études à un collège privé en août dernier… Je n’ai pas pu chercher d’emploi depuis parce que je n’ai trouvé personne pouvant prendre soin de mes enfants adultes. Je n’ai pas les moyens de payer des services à leur égard et j’attends des services aux adultes que je ne recevrai peut-être que dans quelques années encore. »

LM, 54 ans : « Nous devons assurer des avantages sociaux à TOUS les travailleurs et les travailleuses, et pas seulement à ceux qui travaillent à plein temps. À 55 ans, j’ai 4 emplois différents, dont 3 sont sur demande, et je n’ai aucune assurance dentaire ou assurance-médicaments. Il y a à peine deux ans que mon revenu annuel me hisse au-dessus du seuil de la pauvreté. J’ai de la difficulté à trouver l’argent qu’il faut pour faire réparer mes dents avant qu’il soit nécessaire de les extraire… l’aide sociale ne couvre que les traitements dentaires d’urgence. »

Favoriser l’égalité des sexes au travail

Si nous voulons vraiment que les femmes réussissent au travail, nous devons voir à ce que les gouvernements et les employeurs soient disposés à aplanir les obstacles à la participation des femmes au marché du travail et à investir dans l’élimination d’un des plus importants d’entre eux : les soins et le travail ménager non rémunérés.

L’égalité des sexes au travail exige que les salaires et les conditions de travail soient équitables dans toutes les catégories d’emplois. Elle exige un salaire suffisant pour vivre, et l’accès à des congés et autres avantages sociaux appréciables, qu’une personne travaille à plein temps ou à temps partiel, qu’elle ait un salaire horaire ou fixe, et qu’elle occupe un emploi permanent ou temporaire. Elle nécessite des possibilités d’avancement et des politiques de recrutement équitables. Et elle exige une influence sur son calendrier de travail et des politiques permettant de concilier le travail et les obligations familiales.

Les changements doivent commencer aux niveaux les plus bas des catégories d’emplois et des échelles salariales car ils n’auront pas un effet de ruissellement.

Les gouvernements peuvent recourir aux normes d’emploi pour aider à faire la promotion de l’égalité entre les sexes et du travail équitable pour tous, et voir à ce que la législation sur le travail respecte, défende et favorise le droit de se syndiquer et de négocier collectivement.

Le gouvernement fédéral doit régler la crise des soins et changer le monde du travail en élargissant le secteur des soins et en le dotant de bons emplois pour que l’on cesse de compter sur le travail non rémunéré des femmes.

 

Recommandations

  1. Créer un groupe de travail fédéral sur le travail et les emplois de prestation de soins au Canada.

     


    Ce groupe de travail devrait :

    • Examiner le travail rémunéré et non rémunéré de prestation de soins et établir une stratégie fédérale permettant de répondre à la demande grandissante de soins;
    • Réduire et redistribuer le travail non rémunéré de prestation de soins accompli par les femmes et améliorer l’accès à des services publics de soins;
    • Établir une stratégie de création d’emplois de prestation de soins.


  2. Établir dans la législation des normes améliorant les conditions de travail et satisfaisant aux besoins des travailleuses, notamment en :

    • Voyant à ce que tous les travailleurs et les travailleuses – qu’ils aient un emploi à plein temps ou à temps partiel, temporaire ou occasionnel ou par l’entremise d’une agence de placement – aient les mêmes conditions d’emploi et possibilités au travail et le même accès à des salaires et avantages sociaux équitables.
    • Aidant les travailleuses et les travailleurs à protéger le temps qu’ils consacrent à leur vie personnelle et familiale en assurant à tous le « droit à la déconnexion ».
    • Portant le salaire minimum fédéral à 15 $ l’heure et l’indexant sur l’augmentation du salaire moyen.


  3. Examiner et mettre à jour la Loi sur l’équité en matière d’emploi fédérale, améliorer les mécanismes permettant de tenir les employeurs responsables du respect de leurs obligations et créer des ressources aidant à relever les préjugés inconscients dans les pratiques de travail.


Les femmes du Canada en ont assez d’attendre que leurs lieux de travail soient justes. Il est plus que temps de niveler les conditions pour les travailleuses.

 

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